Le millésime 2020

Le millésime 2020

Dégustation du Millésime 2020 Domaine des Hospices de Beaune.

Contexte général :

Est-il besoin de rappeler le contexte si particulier de l’année 2020 ? Il est cependant intéressant de comprendre en quoi ce satané virus « sino-pangolinesque » a pu influer sur le caractère des vins de 2020.

Tout d’abord, le confinement a joué un rôle positif sur le travail de la vigne : pensez-donc, près de 2 mois de grande tranquillité pour mener les travaux de viticulture. De mémoire de vigneron, c’est du « jamais vu » ! Pas un visiteur intempestif, pas un journaliste à l’horizon, … Le calme plat ! Le bonheur quoi !

Ludivine Griveau avoue avoir été profondément marquée, humainement et émotionnellement. Les Hospices de Beaune sont, avant d’être un domaine viticole, un hôpital, qui plus est faisant partie des premiers à avoir accueilli des cas de Covid-19 dès le mois de février.

Et de s’interroger sur le fait qu’elle ait pu vinifier différemment pour cette raison.

Météorologie et Viticulture :

Rien de très nouveau sous le soleil (l’ardent soleil) des Hospices de Beaune : les 60 hectares de vignes du domaine sont conduits sans aucun intrant chimique de synthèse (autre manière de dire « Viticulture Biologique » en l’absence d’une certification officielle).

Après un court hiver doux et un peu pluvieux, le printemps précoce a permis un débourrement rapide. Rappelons-nous nos mois de confinement : la moitié nord de la France les a vécus sous un soleil radieux. Les gelées tardives (fin avril/début mai) nous ont « frisé les moustaches » (sans occasionner de dégâts cette fois-ci) et il fallut attendre fin mai et début juin pour recevoir un peu de pluie, déjà fort désirée.

La floraison ne s’étant pas déroulée de façon idéale, nous avons perdu un peu de quantité à cette étape.

L’été fût chaud en journée, les nuits, heureusement plus fraîches qu’en 2019, la sécheresse fût en revanche tout aussi sévère.

Le Chardonnay a plutôt mieux résisté que le Pinot Noir qui a souffert sur les secteurs les moins arrosés et les plus calcaires (Volnay, quelques climats de Beaune, Corton grand cru, Mazis-Chambertin, ….).

Dès mi-juillet, Ludivine a bien senti que les vendanges devraient débuter avant le 20 août.

Décision difficile à prendre tant elle impacte le profil des futurs vins d’une part, et qu’elle est sujette à controverse dans le coteau d’autre part !

Bien qu’il n’y ait pas de vérité absolue en la matière, les « tardifs » et les « précoces » s’opposent régulièrement sur les réseaux sociaux. (Une date +/- précoce de maturité est le résultat d’une somme de choix culturaux : dates et longueur de taille, importance et fréquence des rognages, nombre de grappes laissées,… liste non exhaustive).

Bref, aux Hospices, les vendanges ont commencé le 18 août avec Volnay et Pouilly-Fuissé et se sont achevées le 29 août 2020 avec Chablis 1er cru et Auxey-Duresses.

Vendanges à la main évidemment !

Un millésime historiquement précoce donc, marqué par des petits rendements (pouvant aller jusqu’à -40% dans les secteurs les plus touchés)

Il manquera du vin cette année encore à la Vente : nous serons peu ou prou sur les bases de 2019 qui fait partie des petites récoltes de l’histoire de ce domaine. (en 2019, 589 pièces furent proposées à la vente : c’est environ 210 pièces de moins qu’en année pleine).

Vinification :

Pas de changement notable pour le process des vins blancs.

Les rouges quant à eux ont eu un régime de faveur !

De gros efforts ont été déployés pour maintenir la vendange à basse température et ainsi retarder fortement l’activité des levures, donnant à Ludivine toutes lattitudes pour faire de longues macérations pré-fermentaires à froid, sans pour autant augmenter la durée totale de cuvaison.

Le pressurage des rouges a été surveillé comme le lait sur le feu afin de n’extraire aucun tanin grossier. D’ailleurs, les jus de presse n’ont pas toujours été intégrés aux cuvées.

Les entonnages ont débuté fin septembre et se sont achevés peu avant la mi-octobre.

Cette année, et c’est une bonne nouvelle, il n’y aura pas de vin logé en fûts déjà utilisés (sauf Pouilly Fuissé).

Conditions de la dégustation :

Tous les vins sont entonnés en fûts neufs, seul Pouilly Fuissé est pour partie en cuve et pour partie en double pièces de 1 vin. Seules 2 cuvées de blancs possèdent encore un peu de sucres résiduels, mais les levures sont toujours actives.Aucune Fermentation malo-lactique n’a débuté (2 ou 3 cuvées semblent cependant sur le point de la démarrer).Futaille : 2020 marque le retour du 100% fûts neufs.

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3 tonneliers sélectionnés cette année : « Damy » pour les vins blancs / « François Frères » sur les rouges « mono-climats » / + double-pièces sur Pouilly Fuissé. « Hermitage » sur les rouges « multi-climats »

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A ce stade de votre lecture, vous commencez à, peut-être, ressentir un peu d’impatience …. J’en entends qui grondent déjà :

 « Mais bon sang ! Que valent les vins des Hospices cette année ? » ….

« Toute cette prose nous donne soif ! »….

« Il va la cracher sa Valda ?!! ».

Bon d’accord, je me lance !

Ce 6ème millésime de Ludivine Griveau aux Hospices de Beaune est

WOUAHOUUUUUU !

Dieu sait qu’elle nous a déjà gratifié d’excellentes cuvées dans le passé. En quoi 2020 surclasse-t-il les 5 millésimes précédents ?

  1. Une grande homogénéité : nous avons pour habitude de quantifier le nombre de cuvées que nous pourrions acheter : depuis l’arrivée de Ludivine, cette part se situe entre 55 et 70% (ce qui est une très bonne proportion).

A l’issue de la dégustation, ce sont 86% des cuvées qui sont compatibles avec notre niveau de sélection ! Du jamais vu.

  • Le niveau qualitatif (Nous sélectionnons si la note de dégustation est supérieure à 14/20) :

Ecart type notes des rouges :        13 à 19/20

Note Moyenne des vins rouges* : 16.4/20

*Si je retire les notes des vins non sélectionnés (dont la note est inférieure ou égale à 14/20), la moyenne s’établit à 16.8 /20

Ecart type notes des blancs :   15 à 19/20

Note Moyenne des vins blancs : 17.2/20

Nous n’avons jamais attribué de telles notes aux vins des Hospices de Beaune depuis que nous participons à cette vente (2005).

  • Le choix gagnant d’une vendange précoce pour conserver acidité, énergie et toute la fraîcheur aromatique des baies.

Les Hospices de Beaune nous ont habitué à des vins blancs souvent riches, caractère accentué par l’élevage 100% fûts neufs.

Cette année, enfin, notre palais en quête de tension et de fraîcheur est comblé ! Les blancs sont énergiques, dotés d’une pureté sans faille d’une très jolie tension.

Les équilibres sont excellents. Pas de risque qu’ils s’alourdissent après la fermentation malo-lactique.

Les rouges ont été vinifiés avec intelligence et justesse : il fallait cette année éviter le piège des sur-extractions, le Pinot Noir rappelant celui de 2015 : mûr, concentré et très (trop) facile à extraire.

Si 2015 a connu quelques cuvées un peu trop taniques, l’expérience a porté et Ludivine a infusé ses cuvées en veillant surtout à ne rien hâter.

Les vins sont très colorés, concentrés mais pas extraits ! Les tanins sont d’une très grande qualité : très fins, serrés et soyeux.

Les arômes sont très purs : le fruit éclate en bouche, souligné par cette acidité, qui nous est si chère en Bourgogne ! 

Les bouches sont gourmandes, croquantes, pleines et souvent très longues.

Plusieurs cuvées possèdent une race, une complexité et une énergie qui les placent tout en haut de la notation.

Les réussites en blancs : presque tout !

Mes meilleures sensations sont (notées 17/20 et +) :

Pouilly Fuissé, Meursault « Loppin », Meursault 1er cru Les Charmes « Bahèzre de Lanlay » et « Albert Grivault », Meursault 1er cru Genévrières « Philippe le Bon », Corton Vergennes « Paul Chanson » Gd Cru, Corton Charlemagne « François de Salins » Gd Cru.

Les réussites en rouges : elles sont très nombreuses.

Monthelie, Savigny Lès Beaune 1er cru « Forneret »* et « Arthur Girard », Auxey Duresses 1er cru,

Beaune 1er cru « Cyrot Chaudron », « Brunet », « Pierre Floquet », « Clos des Avaux », « Dames Hospitalières »*, « Guigone de Salins » et « Nicolas Rolin »*, Volnay 1er cru « Général Muteau »*, Volnay-Santenots 1er cru « Jean de Massol »* et « Gauvain” , Pommard « Suzanne Chaudron » et « Raymond Cyrot », Pommard 1er cru « Dames de la Charité »*, Pommard-Epenots 1er cru « Goblet »*, Corton grand cru « Charlotte Dumay », « Docteur Peste »* et « Baronne du Baÿ »*, Clos de la Roche Grand cru*, Mazis-Chambertin Grand Cru*, A noter que la pièce des Président, mise en vente au profit des Hospitaliers qui luttent contre la Covid-19, sera :

La Pièce des Présidents 2020

Sera une cuvée très spéciale de … Clos de la Roche Grand Cru, Vin logé dans une pièce issue d’un chêne bi-centenaire du parc du Château de Chambord (Fût offert par la tonnellerie Cadus).